George van der Mijn (1726/27-1763)

Antoinette Metayer

1759, Rijksmuseum, Amsterdam

 

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Les adorateurs inconditionnels de Snoopy, Pollux et Rantanplan, d’une part, et ceux qu’agace, voire horripile (au sens étymologique) la gente canine, d’autre part, ne nous donneront pas tort de penser que le monde se divise en deux catégories : ceux qui aiment les chiens et ceux qui ne les aiment pas (leur préférant éventuellement les chats).

Mais ce n’est pas ici le lieu de dire tout le mal que nous pensons des propriétaires de ces vilaines créatures puantes et baveuses qui, avec une assiduité déconcertante, souillent sans vergogne de leurs déjections le pavé des petites rues adjacentes à celle du faubourg du Temple, y marquent méthodiquement leur territoire (selon l’expression consacrée), grognent après les honnêtes vagabonds, etc. Et comme toujours, nous entendons déjà l’objection qui brûle les lèvres de leurs plus fervents défenseurs : « ce ne sont pas les chiens qu’il faut incriminer, mais leurs maîtres ! » Précisément, ce sont ces derniers qui sont visés ; il n’empêche qu’on préfèrerait aussi parfois voir leurs cabots en peinture plutôt qu’en chair et en os…

Justement (subtile transition), voici l’étonnant portrait d’une jeune femme et de son fidèle compagnon à quatre pattes ! Antoinette Metayer, dont le frère était collectionneur d’art et orfèvre à Amsterdam, offre l’image sereine d’une grande bourgeoise, oisive et parfaitement inutile, mais néanmoins bien nourrie ; respectable et propre sur elle, on la devine d’une piété édifiante comme doit l’être son intacte vertu. Le tableau est de facture classique, d’apparence réaliste, dans la lignée des peintures de genre et autres portraits typiques des XVIIème et XVIIIème siècles hollandais. Bref, un traitement on ne peut plus conformiste pour un sujet et un goût qui ne le sont pas moins… À ceci près que la jeune femme a les yeux baissés et ne regarde pas le peintre, ni a fortiori le spectateur, mais son animal de compagnie, en l’occurrence une espèce d’épagneul nain.

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Quant au toutou représenté, il se contente de nous observer fixement et semble prendre la pose, comme s’il était le modèle principal de la composition : un clin d’œil de l’artiste en plein travail lui a peut-être mis la puce à l’oreille quant à sa véritable intention, à savoir de faire de lui, et non de sa maîtresse, la vedette du tableau… Et il faut avouer que le résultat ne laisse pas de charmer : même si la figure humaine légèrement souriante est censée donner son sens à l’œuvre, c’est l’animal, assez gracieux et non dépourvu d’une certaine allure, qui attire le regard ; ses pattes gentiment posées, la finesse de son museau, sa truffe et son poil soignés ainsi que son air inoffensif et placide nous le rendent plutôt sympathique et font de ce portrait un petit chef d’œuvre d’originalité.