Le titre de cet article est délibérément provocateur : les auteurs de science-fiction n’ont jamais eu la prétention de prévoir, ni même d’anticiper l’avenir. Et pour cause : la S-F est une littérature de l’imaginaire ; à ce titre, elle n’est pas censée instruire le lecteur sur le devenir de l’humanité. Son but est de nous offrir du plaisir, du rêve, etc.

De fait, en passant en revue les grands thèmes chers à ce genre littéraire, force est de reconnaître que rien de ce qui est décrit ni narré dans les romans et nouvelles de science-fiction n’est arrivé : l’exploration spatiale est restée très limitée, l’homme n’a jamais conquis ni même visité une autre planète, il n’est entré en contact avec aucune intelligence extraterrestre, pas plus qu’il n’a voyagé dans le temps, les progrès de la robotique sont bien loin des conjectures d’un Asimov, aucun cataclysme planétaire ne s’est produit (pardon pour ce bref et caricatural aperçu d’une si riche littérature)…

Alors, pourquoi ce titre et ce préambule ? Eh bien parce que je viens de me replonger avec délectation dans « La grande anthologie de la science-fiction » éditée au Livre de poche sous la direction de Gérard Klein, et plus précisément dans le volume consacré aux Histoires de machines.

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En relisant la nouvelle de Murray Leinster intitulée Un logic nommé Joe, on ne peut manquer d’être interloqué par l’outil technologique qu’imagine et décrit l’auteur ; car celui-ci présente (bien involontairement) une incroyable vision prémonitoire de l’informatique moderne. Ce récit, paru en 1946 dans le fameux  pulp magazine américain « Astounding », raconte l’histoire d’un ordinateur individuel – machine improbable à l’époque – relié à une espèce de réservoir d’informations qui pourrait préfigurer notre Internet (c’est en tout cas ce qui vient immédiatement à l’esprit du lecteur d’aujourd’hui). À la suite d’un dysfonctionnement technique, l’ordinateur se met à divulguer des informations confidentielles, semant ainsi la pagaille dans la société tout entière…

Et voilà ce qu’on peut lire sous la plume de l’essayiste et critique Jacques Goimard dans la notice d’introduction qu’il consacre (en 1974) à cette nouvelle :

Les experts prévoient que vers 1990 les premières consoles informatiques feront leur apparition dans les foyers. A partir d’un tel « terminal » – doté d’un clavier comparable à celui d’une machine à écrire – il sera possible de gérer son compte en banque, de savoir quel temps il fera le lendemain ou le mois suivant et surtout d’interroger des mémoires centrales : plus besoin de dictionnaires, d’encyclopédies ni même de livres de cuisine.

Si la technologie était alors déjà connue, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il en avait bien pressenti les usages possibles….