De tous les « westerns spaghetti » tournés par Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand (1966) est sans doute le plus emblématique du genre, mais surtout le plus attachant, ne serait-ce que pour l’inoubliable thème musical d’Ennio Morricone.

Ne comptez pas sur moi pour vous résumer l’intrigue (oscillant entre trahisons, escapades et magouilles sur fond de guerre de Sécession). En quelques mots, disons que le Truand (Tuco) connaît le nom d’un cimetière (« Sad Hill ») et que le Bon (Blondin) sait quel nom est inscrit (« Arch Stanton ») sur une tombe dans laquelle sont planqués 200 000 $ en pièces d’or sonnantes et trébuchantes, somme considérable, imagine-t-on.

Bref, à la fin du film, après mille péripéties, Tuco a enfin trouvé la tombe d'Arch Stanton et s’apprête à la fouiller pour s’emparer du magot.

 

Arch S 1

 

Mais le Truand est bientôt rejoint par les deux autres joyeux compères, le Bon et la Brute (tous trois tour à tour partenaires et rivaux les uns des autres !), et le trio de filous se retrouve enfin réuni. L’heure n’est pas au deuil, ni au recueillement, mais plutôt à l’exhumation du pognon ; aussi le monticule sablonneux est-il vite déblayé, la tombe dégagée et le couvercle du cercueil envoyé valdinguer…

Ô surprise, la sinistre boîte ne contient pas les beaux dollars escomptés (ils sont dans la tombe  marquée « unknown », juste à côté), mais un occupant on ne peut plus légitime :

 

Arch S 2

 

Nul besoin de farfouiller bien loin sur la Toile pour découvrir la délicieuse anecdote relative à ces restes humains : un des scénographes et accessoiristes du film, Carlo Leva, devait se procurer des ossements réalistes pour les faire apparaître sur ce plan un chouya macabre. Il se rendit pour cela jusqu’à Madrid (le film est tourné en Espagne) où, lui dit-on, une femme arrondissait ses fins de mois en louant le squelette de sa défunte mère à des décorateurs de spectacles. Or, il se trouve que cette dernière était comédienne de son vivant !

Peut-on dire qu’elle est bien conservée pour son âge ? Laissons la responsabilité de ce jugement à l’appréciation des nécrophiles. Toujours est-il que cette ex-actrice s’est offert à son insu une petite représentation post-mortem. Ne peut-on pas considérer ironiquement, en effet, qu’elle joue le rôle du cadavre d’Arch Stanton ?

Quel cabotin, quel enfant de la balle pourrait souhaiter plus élégant prolongement de sa carrière artistique ? Difficile de pousser plus loin la passion du métier, car on peut supposer qu’elle a fait don de son corps au théâtre, comme d’autres le font à la science... Après être montée sur les planches (et les avoir brûlées ?), la voilà qui se produit entre quatre planches. Le jeu de mot s’imposait…

Amis théâtreux à la manque, qui rêvez de gloire posthume, à défaut d’avoir du talent, vous savez ce qu’il vous reste à faire !...